dimanche 9 septembre 2018

Manifeste des patriotes communistes québécois

Manifeste des patriotes communistes québécois

Pour une synthèse efficace entre le social et le national adaptée au contexte québécois.

Le Québec est encore une nation dominée par l'impérialisme anglo-canadien depuis près de 260 ans. Cette domination perdure malgré la volonté du peuple québécois de se libérer de ce joug cruel. Pour mener à terme notre lutte de libération nationale et sociale nous avons besoin d'une alternative claire et précise. Ce ne sont pas le Parti Québécois ni le Bloc Québécois en tant que fervents adeptes du libéralisme économique et du libre-échange qui peuvent réaliser l’indépendance du Québec. Le parti Québec Solidaire qui est infesté de trotskystes et qui est très axé sur les questions sociétales, davantage que sur les luttes ouvrières, n'est pas non plus une alternative crédible. Le communisme patriotique représente justement la doctrine qui est nécessaire pour donner un deuxième souffle au mouvement indépendantiste québécois.

Le communisme patriotique prône une fusion entre le patriotisme et le socialisme dans une perspective de libération nationale et sociale. Nous rejetons fermement le système d’exploitation capitaliste qui concentre la richesse produite par la classe ouvrière entre les mains d'une élite ploutocratique et apatride toujours plus avide de profits exorbitants. La nationalisation des secteurs prédominants de l'économie, comme les banques, les ressources naturelles, les grandes entreprises, en tant que première étape, est une nécessité vitale pour empêcher les intérêts privés d'acquérir trop de pouvoir sur notre vie politique. Nous participons aux luttes de la classe ouvrière et des autres secteurs opprimé de la société contre les attaques de plus en plus brutales du capital contre nos acquis sociaux et nos droits démocratiques.

Nous nous situons dans la lignée politique des dirigeants et théoriciens marxistes et révolutionnaires comme Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao, Enver Hoxha, Ho Chi Minh, Fidel Castro, Che Guevara, Leonid Brejnev et bien d’autres qui ont théorisé et dirigé le combat des travailleurs et des travailleuses contre le capitalisme et l’impérialisme. Les patriotes communistes considèrent que le camp socialiste qui était constitué par l’URSS et les pays d’Europe de l’Est, représentait une avancée par la classe ouvrière malgré ses défauts et les graves erreurs perpétrées par ses dirigeants. Les systèmes de protection sociale qui existaient dans les pays socialistes procuraient de nombreux avantages à la classe ouvrière comme la santé et l’éducation gratuites, des logements bon marché, des garderies accessibles et abordables, la sécurité d’emploi, etc. Ces régimes constituaient un contrepoids à l’impérialisme et leur chute a donné encore plus les mains libres à l’offensive antiouvrière et antisociale du capital. 

La défense de Cuba et de la Corée du Nord socialistes contre le danger de restauration capitaliste est aujourd’hui une tâche fondamentale pour tout militant anticapitaliste digne de ce nom. Nous défendons également la révolution bolivarienne initiée par le défunt président vénézuélien Hugo Chavez et poursuivie par Nicolas Maduro contre les attaques et le harcèlement constant de l’impérialisme américain et ses alliés, dont le Canada.  Les patriotes communistes québécois sont solidaires du combat mené par le Pôle de la Renaissance communiste française contre la dégénérescence social-démocrate du PCF et pour la renaissance d’un parti communiste digne de ce nom et basé sur les principes du marxisme-léninisme.

Nous rejetons le racisme et la xénophobie sous toutes leurs formes, mais nous sommes opposés au masochisme national qui fait l'éloge des cultures étrangères et considèrent en même temps la fierté nationale et patriotique légitimes comme étant du fascisme. Le Québec est un pays francophone et doit le rester et nous devons être fiers de nos racines et de nos origines afin de ne pas disparaître sous le rouleau compresseur anglo-saxon grandement favorisé par la mondialisation ultralibérale. Nous n'avons rien contre les autres nations et cultures mais nous revendiquons le respect de ce que nous sommes en tant que peuple porteur d'une culture particulère et originale. Nous sommes les héritiers de la Nouvelle-France et à ce titre nous pouvons nous revendiquer de la culture européenne, ce qui n’exclut en rien la solidarité prolétarienne internationale avec les luttes des travailleurs et des différents peuples opprimés dans le monde. Nous donnons par exemple notre appui aux luttes de libération nationale comme celle du peuple palestinien contre l'État sioniste colonialiste ou bien des Abkhazes et des Ossètes du Sud contre le régime géorgien.

En résumé nous combattons les politiques néolibérales de privatisation et de démantèlement des programmes sociaux ainsi que la dictature des multinationales assoiffées de profit, nous luttons pour la défense de la langue et de la culture française au Québec. Le capitalisme est un système exploiteur et apatride qui n’a aucun respect pour les langues et les cultures nationales et qui représente un obstacle fondamental à leur épanouissement. Il contribue grandement au phénomène de l’anglicisation du monde en faisant de l’anglais la langue des affaires et du marché du travail au mépris des travailleurs et des travailleuses qui partout dans le monde veulent défendre leur droit de travailler dans leur langue nationale respective. Au Québec nous faisons toujours face à la volonté de nous assimiler et de nous faire disparaître dans le marais anglo-saxon largement prédominant en Amérique du Nord. Il faut renforcer la loi 101 qui a été tellement édulcorée depuis plus de vingt ans par l'action combinée de la Cour Suprême du Canada et de certains gouvernements québécois. Le capitalisme cherche également à baisser constamment nos conditions de travail et à dégrader notre niveau de vie dans une perspective d’uniformation sociale vers le bas.

Si vous êtes d’accord avec ce texte n’hésitez pas à nous rejoindre. Notre combat de libération nationale et sociale ne peut attendre plus longtemps. Nous avons besoin d’une organisation structurée et remplie de militants et de militantes de bonne volonté qui ont à coeur l’indépendance de notre pays, la sauvegarde de notre langue et de culture ainsi que la lutte acharnée et sans relâche contre le système d’exploitation capitaliste et pour l’instauration d’une société socialiste.

En avant vers un Québec libéré du joug du capital et socialiste !

Richard Chartrand

vendredi 27 avril 2018

L'homophobie au sein de la Révolution Cubaine

Entretien accordé par la fille de Raul Castro, Mariela Castro Espin, au spécialiste de Cuba Salim Lamrani, sur la lutte contre l'homophobie à Cuba et les progrès qui ont été accomplis depuis les années 70.  Voici le lien de l'article: https://www.mondialisation.ca/concernant-lhomophobie-fidel-castro-a-toujours-assume-ses-responsabilites-en-tant-que-leader-du-processus-revolutionnaire/5321644

L’homophobie au sein de la Révolution Cubaine

par Salim Lamrani

Entretien avec Mariela Castro Espín, directrice du Centre d’éducation sexuelle (CENESEX) à Cuba


Mariela Castro Espín a réussi à s’émanciper de son héritage familial. Nièce de Fidel Castro, leader historique de la Révolution cubaine et fille de Raúl Castro, actuel Président de Cuba, Mariela Castro a gagné une renommée internationale non pas grâce à son patronyme mais grâce à son action en faveur du droit à la diversité sexuelle

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Directrice du Centre d’éducation sexuelle (CENESEX) à Cuba, licenciée en Psychologie et en Pédagogie, titulaire d’un Master en Sexualité, Mariela Castro a fait sienne la cause des homosexuels, bisexuels, lesbiennes et transsexuels, et a permis à ces communautés de sortir de la marginalité à laquelle la société l’avait cantonnées.
L’action du Cenesex a été couronnée de succès. Depuis 2007, une journée contre l’homophobie est célébrée chaque 17 mai à Cuba. Les opérations de changement de sexe sont entièrement prises en charge par l’Etat. L’homophobie a sensiblement reculé même si elle est toujours persistante dans certains secteurs. Enfin, les institutions tels que le Parti Communiste de Cuba ou le Ministère de la Culture sont désormais des alliés de premier ordre dans la lutte en faveur des droits pour tous.
Mariela Castro ressemble à sa mère Vilma Espín. Elle a hérité, à la fois, de sa beauté naturelle et de son caractère. En effet, comme l’illustrent ces conversations, elle méprise souverainement la langue de bois et n’hésite aucunement à pointer du doigt les injustices commises par le passé à Cuba, ni à dénoncer les obstacles institutionnels encore présents au sein de la société. Son franc-parler ne fait pas l’unanimité au sein du pouvoir cubain, notamment auprès du secteur le plus conservateur. Mais, comme elle se plait à le répéter, à chaque fois que le Président Raúl Castro reçoit une plainte à son sujet, sa réponse reste invariablement la même : « Si tu as quelque chose à dire à propos de ma fille, va la voir directement ». A ce jour, personne n’a osé.
Lors de ce dialogue, aucun sujet n’a été éludé, que ce soit la situation des homosexuels au triomphe de la Révolution, les tristement célèbres Unités militaires d’aide à la production, le fameux « Quinquennat gris », la fondation du CENESEX, la lutte contre l’homophobie, la prostitution, le phénomène transgenre ou le mariage pour tous. Mariela Castro n’a éludé aucune question et n’a imposé aucune condition préalable à la discussion.
Salim Lamrani : Mariela Castro, quelle était la situation des minorités sexuelles en 1959, au triomphe de la Révolution, à Cuba ?
 Mariela Castro Espín : Au début des années 1960, la société cubaine était le reflet de son héritage culturel, principalement espagnol. Cuba avait une culture homo-érotique, patriarcale et donc, par définition, homophobe, comme toutes les sociétés patriarcales. A cette époque, le monde entier était patriarcal et homophobe, sans aucune distinction, aussi bien les pays développés que les nations du Tiers-monde.
Il est cependant curieux que le processus émancipateur de la Révolution cubaine qui revendiquait dans son programme politique la lutte contre les inégalités, les différentes formes de discrimination contre les femmes, le racisme, et qui tentait d’éliminer les injustices, les brèches entre la ville et la campagne, ne se soit pas intéressé au sort des homosexuels et ne les ait pas considérés comme étant victimes de discriminations de toute sorte.
SL : Pour quelles raisons ?
MCE : L’homophobie était la norme y compris après le triomphe de la Révolution. Cela était le cas dans toutes les cultures occidentales basées sur la religion catholique dominante. L’homophobie était au cœur des relations de genre telles qu’elles s’étaient établies culturellement.
La Révolution cubaine a permis au peuple cubain d’obtenir la souveraineté nationale et a remis en cause de nombreux paradigmes tels que la virginité de la femme comme condition préalable pour le mariage, l’absence de divorce, le statut de chef de famille de l’homme, la naturelle fidélité de la femme face à l’infidélité de l’homme, la disqualification de la famille monoparentale et de la femme célibataire, mais ne s’est pas attaquée au problème de la diversité sexuelle.SL : Donc à l’époque, être homophobe était quelque chose de « naturel ».
 MCE : L’homophobie était la norme. Ce qui était considéré comme anormal était le respect à l’égard de celles et ceux qui avaient choisi une orientation sexuelle différente. Mais, je le répète, cela n’était pas spécifique à Cuba. Il en était de même dans le reste du monde. L’homophobie institutionnalisée des premières années de la Révolution reflétait cette réalité et était en adéquation avec la culture de l’époque. Se moquer des homosexuels était quelque chose de naturel, tout comme les mépriser ou les dénigrer. Il était normal de les discriminer sur le marché de l’emploi, dans leur vie professionnelle, et cela était l’aspect le plus grave.
Les Unités Militaires d’Aide à la Production (UMAP)
SL : Dans les années 1960, entre 1965 et 1968, l’Etat cubain a mis en place les Unités militaires d’aide à la production, les UMAP, dans lesquelles ont été intégrés de force les homosexuels. Pourriez-vous revenir sur cet épisode sombre de la Révolution cubaine ?
MCE : Il faut tout d’abord préciser que les UMAP concernaient tout le monde, tous les hommes en âge d’effectuer le service militaire, et non pas uniquement les homosexuels. C’était un service militaire obligatoire pour tous les jeunes majeurs. Cela n’était en aucun cas réservé aux homosexuels. Certains ont même parlé de camps de concentration pour homosexuels. Je crois qu’il ne faut pas exagérer et rester fidèle à la vérité historique. Je le répète, les UMAP ont concerné absolument tout le monde, sauf ceux qui pouvaient justifier d’un emploi stable. Les étudiants devaient mettre entre parenthèses leur carrière universitaire pour effectuer leur service militaire au sein des UMAP.
Il convient de rappeler le contexte de l’époque. Notre pays était constamment agressé par les Etats-Unis. Il y avait eu la Baie des Cochons en avril 1961, la crise des Missiles en 1962, et les groupes de la CIA composés d’exilés cubains multipliaient les attentats terroristes. Les bombes explosaient à Cuba tous les jours. On brulait des champs de canne à sucre. On faisait dérailler des trains. On attaquait des théâtres au bazooka. Il ne faut pas oublier cette réalité. Nous vivions sous état de siège. Des groupes paramilitaires étaient réfugiés dans les montagnes de l’Escambray et assassinaient les paysans favorables à la Révolution, torturaient et exécutaient les jeunes professeurs qui avaient intégré la campagne d’alphabétisation. Au total, 3 478 Cubains ont perdu la vie à cause du terrorisme de cette époque. Il s’agissait d’une période très difficile où nous étions agressés en permanence et où la lutte des classes était à son paroxysme. Les propriétaires terriens avaient réagi avec beaucoup de violence à la réforme agraire et n’étaient pas disposés à perdre leur position privilégiée au sein de la société. Il y avait donc à Cuba une mobilisation générale pour la défense de la nation et de ce contexte sont nées les UMAP, en guise de service militaire.
SL : Pour quelles raisons alors, les UMAP ont-elles été associées au règne de l’arbitraire et de la discrimination ?
MCE : Il y a une raison à cela. Etant donné que tout le monde devait participer à la défense du pays, les groupes marginaux tels que les hippies par exemple ont dû intégrer les UMAP, mais également les enfants de la bourgeoisie qui s’étaient habitués à une vie de loisirs et ne travaillaient pas, étant financièrement à l’abri. Ainsi, ceux qui ne s’étaient pas impliqués et préféraient un rôle d’observateur, devaient intégrer les UMAP et travailler dans les usines ou dans l’agriculture, y compris les groupes qui ne se sentaient pas engagés dans le processus de transformation sociale mis en place en 1959. Ces gens-là étaient mal vus par la société cubaine, qui les rejetait pour leur manque d’implication dans la construction de la nouvelle nation révolutionnaire et les considérait comme étant des parasites.
Je me souviens avoir entendu, dans ma jeunesse, certaines réflexions désobligeantes à mon égard, en raison de mon lien de parenté avec Fidel Castro – mon oncle – et Raúl Castro, mon père. Certains disaient : « c’est une bitonga », c’est-à-dire, une « fille à papa », une personne jouissant d’une position privilégiée, qui n’avait pas le même train de vie que le reste de la jeunesse, en raison de ses liens familiaux. Cela me mettait dans une colère noire et je m’efforçais de faire tout ce que les autres faisaient en rejetant tout privilège ou favoritisme. Je n’ai jamais supporté ce qualificatif de bitonga, qui était extrêmement méprisant.
L’armée a donc créé les UMAP pour soutenir les processus de production. Mais la réalité fut différente. Le Ministère de l’Intérieur était chargé de gérer les groupes de marginaux et de « parasites », de les repérer et de les intégrer aux UMAP, par la contrainte et la force, car le service était obligatoire.
SL : Cette méthode semble pour le moins arbitraire.
MCE : Il faut reconnaitre que la façon de procéder a été pour le moins arbitraire et discriminatoire. Il y a eu des voix qui se sont élevées au sein de la société cubaine pour se prononcer contre ces mesures, parmi lesquelles celle de la Fédération des Femmes Cubaines, ainsi que de nombreuses personnalités. Les plaintes déposées par certaines mères de famille ont déclenché ce mouvement de protestation contre les UMAP.
SL : Qu’en était-il des homosexuels ? Ils ont été victimes de nombreux abus au sein des UMAP.
MCE : Au sein de cette société homophobe, dans ce contexte d’hégémonie masculine et virile, les autorités ont considéré que les homosexuels sans profession devaient intégrer les UMAP pour devenir de véritables « hommes ». Dans certaines UMAP, ces personnes ont été traitées avec les mêmes égards que tout le monde et n’ont pas été victimes de discrimination. Dans d’autres UMAP, où régnait l’arbitraire, les homosexuels étaient injustement séparés des autres jeunes. Il y avait donc le groupe des homosexuels et des travestis, le groupe des religieux et des croyants, le groupe des hippies, etc.… Un traitement particulier leur était réservé, avec des railleries quotidiennes et des humiliations publiques. En un mot, les discriminations qui existaient au sein de la société cubaine se sont faites plus vives, plus acerbes au sein des UMAP.
Il est certain que la création et le fonctionnement des UMAP ont été arbitraires. Ce fut la raison pour laquelle ces unités ont été définitivement fermées trois ans plus tard. Mais, encore une fois, je le répète, la situation des homosexuels dans le reste du monde était similaire, parfois pire. A l’évidence, cela ne justifie en rien les discriminations dont ont été victimes les homosexuels à Cuba.
SL : Quelle était la situation des minorités sexuelles dans le reste du monde ?
MCE : Il y a une étude extrêmement intéressante d’un chercheur américain David Carter sur les mouvements LGBT en Amérique latine et dans le reste du monde. Par exemple, dans notre continent, les homosexuels étaient impitoyablement pourchassés notamment sous les dictatures militaires.
Encore une fois, je le répète, il ne faut pas que cela nous empêche d’analyser avec un œil critique ce qui s’est passé à Cuba.
SL : Quelle a été la responsabilité de Fidel Castro dans la création des UMAP ?
MCE : Fidel Castro est comme Don Quichotte. Il a toujours assumé ses responsabilités en tant que leader du processus révolutionnaire. Par sa position, il considère qu’il doit prendre la responsabilité de tout ce qui s’est passé à Cuba, aussi bien les aspects positifs que les côtés négatifs. C’est une démarche très honnête de sa part, même s’il me semble que cela n’est pas juste, car il ne doit pas assumer seul la responsabilité de tous ces abus.
Ce n’est d’ailleurs ni juste ni proche de la vérité historique. C’était une époque où émergeait une société nouvelle avec la création de nouvelles institutions, au beau milieu d’agressions, de trahisons, de menaces contre sa vie personne – car je vous rappelle que Fidel Castro a été victime de plus de 600 tentatives d’assassinat. Ne pouvant s’occuper de tout, il a dû déléguer de nombreuses tâches
SL : Concrètement, quel est le lien de Fidel Castro avec les UMAP ?
MCE : Fidel Castro n’est pas à l’origine de la création des UMAP. En réalité, la seule relation que Fidel Castro a eue avec les UMAP a été lorsqu’il a décidé de les fermer, suite aux nombreuses protestations émanant de la société civile, et suite à l’enquête menée par la direction politique des Forces armées qui a conclu que de nombreux abus avaient été commis. A partir de cette date, il a été décidé de ne plus inclure les homosexuels dans le service militaire afin de leur éviter toute discrimination au sein d’un corps réputé pour son homophobie non seulement à Cuba, mais également à travers le monde. Là encore, on pourrait rétorquer qu’il s’agissait d’une nouvelle discrimination à leur égard mais leur incorporation aux forces armées avait été si néfaste en raison des préjugés existants, qu’il en a été décidé ainsi.
SL : Quelle était la position de votre père, Raúl Castro ?
MCE : J’ai souvent évoqué ce sujet avec mon père et il m’a expliqué qu’il était extrêmement difficile de faire tomber les préjugés sans une politique d’éducation. D’ailleurs, l’univers militaire reste encore aujourd’hui un monde très machiste à Cuba. Il est d’ailleurs connu que dans nos sociétés on rejette toujours ce qui est différent. Imaginez donc le contexte des années 1960.
A ce sujet, le CENESEX a lancé un programme de recherche sur les UMAP et nous sommes en train de recueillir les témoignages des personnes qui ont souffert de cette politique.
Salim Lamrani
Suite :
-« La lutte pour l’égalité et contre toutes les injustices est un devoir universel qui doit concerner l’ensemble des citoyens » (4/4)

Article original en portugais :
Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.
Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

mercredi 19 juillet 2017

Lutte des classes ou lutte symbolique?

Article publié sur le site de Benedikt Arden www.rebellium.info et qui remet en question la tactique du vandalisme dans le cadre de la lutte contre la gentrification.


Lutte des classes ou lutte symbolique?


Le sujet fait polémique et les occasions n’ont guère manqué, car au moins 4 ou 5 fois par année à Montréal nous apprenons qu’un commerce se fait vandaliser en raison de cette question. J’ai bien sûr eu l’occasion de polémiquer sur le sujet à plusieurs reprises, mais je n’avais jamais perçu ce débat autrement que comme une erreur tactique due au manque d'expérience de certains militants trop épris de sensations fortes. Comme ces polémiques ne me semblaient pas particulièrement sérieuses et que celles-ci sont presque exclusivement internes à la gauche[1], je n’ai jamais cru bon d’en faire un article. Mais depuis la dernière « action directe » à l’encontre de l’épicerie 3734 du quartier St-Henri[2] en mai dernier, j’ai commencé à accepter l’idée que cette pratique devait réellement être considérée par bien des gens comme étant une bonne chose, car de plus en plus soutenu par des textes[3] se voulant sérieux. Malgré le fait que ce genre « d’action directe », en plus d’être nuisible sur le plan de la politique traditionnelle[4], soit totalement erronée du point de vue de la lutte des classes. Donc cette fois, je me dois de m’incliner devant l’actualité et revenir sur cette question qui me paraissait pourtant si simple il y a à peine 10 ans, mais qui se trouve à être aujourd’hui un vecteur de confusion chez ceux qui cherchent à s’attaquer à ce qui engendre l’injustice.

Mais d'abord, revenons aux faits. La lutte contre la gentrification n’est pas vieille, mais est tout de même le produit d’un processus qui lui est visible depuis plusieurs décennies. Pour faire court, disons que plusieurs quartiers ont historiquement été bâtis ou peuplés par les masses ouvrières dans les périodes d’industrialisation (pour Montréal, c’est surtout au court de la fin du 19e siècle). Ces secteurs pauvres, par définition, étaient bâtis pour être clairement distincts et séparés des secteurs bourgeois, pour des raisons que vous connaissez sans doute déjà. Après la Seconde Guerre mondiale, l’occident tout entier connut une croissance économique fulgurante (les Trente Glorieuses), ce qui, avec le concours d’une industrialisation accélérée, fit émerger chez nous une nouvelle élite francophone et une large classe moyenne. Cette industrialisation donna le coup de grâce au modèle de société rurale ultramontaine et fit augmenter de beaucoup la population urbaine, encore majoritairement pauvre. Le centre-ville de Montréal ayant à cette époque un très haut niveau de criminalité[5], c’est surtout les banlieues qui profitèrent de l’essor de ces années de croissance. C’est donc à partir de la génération suivante[6] que ce retour en ville de gens plus ou moins aisés fût initié. De manière modeste, il est vrai, ces nouveaux arrivants souhaitaient d’abord profiter de la baisse de la criminalité et des bas loyers, afin de se placer près du centre-ville, où les emplois avaient tendance à se centraliser[7]. On doit aussi ajouter à ces considérations que les divers paliers de gouvernement ont mis en place plusieurs plans de réaménagement urbain pendant les années 80, afin d’inciter de potentiels nouveaux arrivants[8] pour ainsi profiter des taxes que cet exode des banlieues et des régions pouvait engendrer.

C’est surtout à la fin des années 90 que ce que l’on appelle aujourd’hui « l’embourgeoisement des quartiers populaires » se fit le plus sentir, avec la troisième génération : les Y. Cette génération reconnue pour sa tendance artistique, son ouverture sur le monde et son côté passablement bohème fût le socle de ce que les Français, et nous par la suite, appellerons les « bobos », ou « bourgeois bohèmes ». Cette nouvelle classe sociale, sans être vraiment bourgeoise au sens strict du mot[9], est par contre friande du mode de vie urbain, de culture, des produits du terroir et d’écologie. C'est pourquoi les commerces du genre épicerie fine, produits équitables et boutiques/restaurants/bars thématiques et/ou artistiques ont émergé de cette population même, au cours des années 2000. Enfin, le terme de « bobo », d'ailleurs issu du vocabulaire de l’extrême droite française[10], définirait des citoyens qui se veulent engagés socialement, mais qui ne voudraient pas trop sacrifier de leur confort et qui donc se limitaient aux éléments surtout esthétiques (et consommables) du progressisme. Ce terme, comme vous l’avez compris, est évidemment péjoratif et a surtout pour objectif (pour la gauche) d’afficher le mépris des militants de terrain envers la « petite bourgeoisie[11]urbaine ». Les fameux « young urban professionals » diront certains.

Évidemment, l’espace de ces quartiers étant limités et le libre marché étant de rigueur dans notre civilisation néolibérale, les premiers quartiers embourgeoisés ont vite débordé sur les autres et de fil en aiguille, les quartiers défavorisés ont vite fait place aux quartiers « branchés » et les prix des loyers ont de ce fait explosé en peu de temps. Sauf exception de quelques îlots majoritairement composés de personnes issues de l’immigration, qui ne tarderont probablement pas non plus à suivre cette tendance. Évidemment, il y a encore peu de temps, il ne venait à personne de la gauche radicale de blâmer les « bobos » pour ces conséquences indirectes et même qu’il était reconnu que la base sociale de cette population était l’une des composantes de cette gauche radicale. À cette récente époque, la gentrification était surtout associée à une conséquence du néolibéralisme, qui réfute toutes organisations sociales et qui devait être combattu comme telle. Mais par un étrange processus, certains militants en sont aujourd’hui venus à blâmer les petits commerces de ces quartiers, comme principale source de l’effet pervers qu’occasionnent le « libre marché » et le néolibéralisme.

Or, il est pourtant notablement facile à intégrer que la concurrence entre multinationales est un mythe aussi « rationnel » que la résurrection du Christ ! Cette collaboration entre les divers acteurs du capitalisme engendre ce que Lénine dénonçait déjà en 1916[12], soit les cartels et les monopoles industriels. Groupes multiples, mais, à l’instar des leurs homologues du crime organisé, capables de s’entendre sur les prix et les pratiques commerciales. Ces cartels ayant de longue date colonisé les centres commerciaux, les jeunes entrepreneurs sont contraints la plupart du temps[13] aux commerces de « niches ». Soit le commerce dont les produits ont une survaleur non économique, comme le commerce équitable, écologique, biologique et de luxe. De cette façon, les commerçants peuvent utiliser l’éthique (dans le cas des produits équitables, bio, etc.) des habitants du quartier pour concurrencer les grandes bannières. C’est d’ailleurs l’un des points d’attraction qu’ont ces quartiers chez cette classe « bobo », comme je l’ai déjà mentionné. Et ceci, sans compter que ce type de pratique commerciale était depuis longtemps pratiquée par les communautés issues de l’immigration avant d’être imitée par ces populations.        
    
En plus du commerce, il y a de plus en plus de condos dans ces centres. Et là, on nage en terrain un peu plus connu, car la lutte contre la gentrification était auparavant centrée sur cette question. Mais comme pour le commerce, les habitations de ce type suivent les demandes de cette nouvelle population, car pour un grand nombre de ces Y, les logements locatifs sont perçus avec raison comme de l’usure. C’est pourquoi un grand nombre d’entre eux sont amenés à quitter leur ancien logement locatif (dont l’entretien est souvent négligé afin d’en augmenter les profits) pour aller se trouver un endroit dont la responsabilité leur revient. C’est d’ailleurs de cette façon que les quartiers avoisinants se font coloniser par cette population. Soit en quittant un logement souvent trop cher, pour emménager dans un condo dans un quartier moins cher (ce qui contribue évidemment à en augmenter le coût global). Comme pour le commerce, c’est souvent en passant par des pratiques responsables sur le plan individuel que les effets gentrificateurs se font le plus sentir et il n’est guère pertinent de juger les gens qui font ces choix, car, sauf à vouloir attendre le grand soir de la révolution sociale, ceux-ci ne peuvent choisir qu’entre ces deux types d’habitations. Les logements sociaux étant bien évidemment réservés aux familles les plus pauvres.

À partir de maintenant, le décor est planté et il nous est déjà possible de voir ce qui cloche dans « l’action directe » de nos militants anti-embourgeoisement. Selon les dires de leurs défenseurs, il ne serait pas question de nier la bonne conscience progressiste des acteurs de ce problème, mais de leur faire comprendre (par des actes bien peu diplomatiques) qu’ils rendent la vie impossible aux premiers habitants (les pauvres) de par leurs trains de vie sardanapalesque (bio, équitable, etc.). D’après Fred Burrill[14], il ne serait pas non plus question de justifier la présence des multinationales, mais de simplement reconnaître qu’ils offrent les produits dont les pauvres auraient besoin (McDonald, Dollorama, Insta-Chèques, dépanneurs à bière, prêteurs sur gages, tavernes à machine à sous, etc.). Pour les logements, l’argumentaire est passablement le même, soit ne pas vanter le système locatif classique, même si tacitement soutenu, tout en réclamant des logements sociaux, car l’accès aux condos ne serait pas envisageable pour cette population.        

La première chose que l’on note dans cette rhétorique, c’est que malgré son « ni-ni »[15], il y a quand même des effets qui se démarquent clairement en faveur de l’une des parties, car ceux qui en font les frais sont bien sûr les plus faibles des deux. Il est, comme vous savez, beaucoup plus facile de s’attaquer aux petits commerces et aux habitations que de faire grand tort aux franchises de multinationale et aux rentiers du logement des beaux quartiers. Ensuite, ces attaques se veulent surtout « symboliques » et, de ce fait, visent les commerces ayant surtout une « apparence bourgeoise » et ceci sans vraiment tenir compte de ce que signifie le concept de « bourgeoisie ». Ces commerces « d’apparence bourgeoise » sont, comme nous l’avons vu, basés sur la survaleur non économique pour exister, mais comme ils ne sont pas le fruit d’un choix véritable, mais d’une nécessité issue du cadre économique néolibéral actuel, et que, de surcroît, il soit basé sur des offres de consommation se voulant généralement plus responsables[16]. Il est difficile de ne pas y voir un support objectif au commerce le plus immonde qui existe, soit le commerce de la pauvreté. Car, si cette industrie offre, il est vrai, des produits de consommation plus abordables aux « consommateurs pauvres », celle-ci le fait bien évidemment sur le dos des « travailleurs pauvres », qui (sans parler des esclaves du tiers monde) sont bien souvent la même personne !

Car le commerce de la pauvreté est un cercle vicieux où le travailleur pauvre et le consommateur pauvre sont souvent le même, mais où le second (par schizophrénie sociale) ne respecte pas l’intérêt de classe du premier. Donc répudier le commerce « bobo » est une façon de valoriser l’intérêt du consommateur pauvre au détriment de son intérêt de classe, en tant que travailleur pauvre. Car le niveau de retombée économique de ce genre de commerce est incontestablement supérieure d’avec celui des Walmarts, Dollorama, etc[17]. Par ailleurs, il n’est pas ici question de prétendre, comme le font les néopoujadistes, qu’il y aurait une différence de nature entre petit et grand commerce et qu’il faille revenir aux petits commerces d’antan pour plus de justice. Mais de démontrer que de combattre le petit commerce de niche revient à montrer que l’on ne comprend pas du tout le monde dans lequel on vit et donc que l’on n’est aucunement en mesure de se battre pour l’améliorer concrètement. Comme vous le savez surement déjà, les multinationales ont depuis longtemps compris que leur intérêt était de séparer l’égoïsme du consommateur de son intérêt de classe en tant que travailleur(se), car le premier est le pire ennemi du second. Mais de voir des militants se revendiquant de l’anticapitalisme ne pas voir cette évidence, relève de l’exploit ! Et je ne parle pas de toute la vanité avec lequel ces analystes du dimanche vantent leurs analyses « macroéconomiques » uniquement composées de consommateurs et de commerces !  

Encore une fois, je ne prétends pas que le petit commerce serait la voie du socialisme, mais bien de souligner que le petit commerce engendre beaucoup plus de retombées à l’ensemble du peuple (et donc des plus pauvres) que toutes ces grandes bannières qui appauvrissent le peuple tout en s’en nourrissant. Il est donc absurde de croire que de combattre le commerce de niche (souvent local et écologique), en évoquant le pouvoir d’achat des classes les plus défavorisées, quand celles-ci engendrent objectivement plus de richesse et d’emploi que les grandes chaînes. De plus, il est patent de voir que toute cette question évacue le problème central qu’est la question du revenu ! Car c’est précisément la logique d’optimisation du capital variable[18] qui engendre la pauvreté extrême et non pas le prix des objets de consommation. De ce point de vue, il est certes pertinent de dénoncer l’embourgeoisement artificiel des grandes villes par les politiciens et les entrepreneurs, mais pas au prix d’un irresponsable combat contre la basse classe moyenne. La seule chose utile à faire (hors de la politique et de la révolution, qui n’est pas à l’ordre du jour), si l’on tient à cœur l’intérêt des classes pauvres, est de lutter pour l’augmentation des salaires[19] (et/ou le salaire minimum à vie[20]),l’augmentation des services sociaux ainsi que tous autres types de pression contre les mesures d’austérité. Et ceci, tout en revendiquant plus de logements sociaux, comme le fait le FRAPPU depuis longtemps. En dehors de ces actions concrètes, la guerre au capitalisme reste le point fixe de notre horizon. Mais de se laisser aller vainement à une lutte de classe factice entre sous-prolétariats et classe moyenne urbaine, autrement-dit entre ceux qui peuvent se payer des saucisses bio ou pas, relève d’un confusionnisme tout à fait détestable.

Benedikt Arden (août 2016) 





[1] Toutes les tendances de droite sont évidemment unies pour condamner ce genre d’action.
[4] Rares sont les citoyens de ces quartiers et de l’ensemble de la population qui approuvent ce genre d’action, même si certains en comprennent les motivations et aucun parti de gauche ne s’en revendique. Ces actions ont donc comme seul effet de donner du grain à moudre aux démagogues réactionnaires et faire bifurquer les débats centraux, vers ce genre d’évènements.
[5] Dû pour une bonne part à l’augmentation de la population de jeunes, la hausse de la richesse générale (autrement dit, des magots), ainsi qu’à l’effondrement de l’influence de l’Église. http://classiques.uqac.ca/contemporains/cusson_maurice/cycles_criminalite_securite/cycles_criminalite_securite_texte.html#cycles_criminalite_2_3
[6] La génération X pour faire simple.
[7] Les années 80-90 se caractérisent par un déclin de l’industrie des secteurs premiers des régions, d’une hausse du prix de l’essence et d’un centralisme métropolitain issu des mécaniques de la nouvelle mondialisation économique, qui culminera avec l’ALÉNA.
[8] Immigrants d’autre pays comme d’autre région ou de ville.
[9] Cette classe est souvent issue du salariat des services gouvernementaux (hôpital, école, fonction publique, etc.) et du haut tertiaire (sièges sociaux, gestion, publicité, technologie, etc.) et non pas des propriétaires de moyen de production. 
[10] D’abord utilisé par le philosophe Michel Clouscard dans les années 70, le terme fût repris par Alain Soral dans les années 90, puis popularisé dans le langage de l’extrême droite dans les années 2000.
[11] J’emploie ce terme ici au sens que ces militants l’utilisent et non dans son sens exact.
[12] L'impérialisme, stade suprême du capitalisme
[13] Exception faite des nouvelles technologies.
[15] Ni l’un ni l’autre.
[16] Il est vrai que le commerce équitable n’est pas toujours si équitable, mais une grande partie des produits locaux le sont incontestablement.
[17] Via une interprétation plus réaliste du principe libéral du « ruissellement des richesses ».
[18] L’on doit mettre de côté la question des personnes assistées sociales, qui sont une autre question.
[19] Comme dans le cas de la très pertinente campagne de 15plus.org

source de l'article: http://www.rebellium.info/2016/08/lutte-des-classes-ou-lutte-symbolique_3.html

dimanche 10 juillet 2016

Au capitalisme en crise générale une seule alternative: le socialisme!

Déclaration de l'Union des Révolutionnaires Communistes de France sur la crise du capitalisme et l'impossibilité de le réformer. On peut trouver leur site web à l'adresse suivante: http://www.urcf.fr/

Maurice Cukierman 

AU CAPITALISME EN CRISE GÉNÉRALE UNE SEULE ALTERNATIVE: LE SOCIALISME ! 

La victoire temporaire de la contre-révolution n’a pas modifié le caractère de notre époque : c’est celle du passage du capitalisme au socialisme. L’aiguisement de la crise générale du capitalisme dans la dernière période, met à l’ordre du jour pour les communistes la nécessité de poser la question de la révolution nécessaire pour renverser le capitalisme devant la classe ouvrière et les masses, et de définir leur stratégie en fonction de cet objectif.

Le capitalisme est obsolète

Le capitalisme a joué un rôle fondamental dans le développement de l’humanité : il a tiré de l’abrutissement séculaire des centaines de millions d’individus, développant les sciences, les forces productives. Mais avec l’émergence du capitalisme de monopoles à la fin du XIXe siècle, ce que les communistes appellent l’Impérialisme, des traits de caractères se sont affirmés qui sont allés en s’accentuant.

C’est tout d’abord la tendance à la guerre, car la grande bourgeoisie (l’oligarchie financière) est en perpétuelle concurrence avec ses semblables pour s’assurer des marchés, le contrôle des matières premières et de la force de travail. Deux guerres mondiales illustrent le propos sans oublier les innombrables conflits locaux. Le développement inégal du capitalisme pousse les uns à vouloir prendre le contrôle, tandis que les autres veulent le conserver. C’est ainsi que la domination des Etats-Unis ne peut masquer leur inquiétude devant leur long déclin. L’accentuation des conflits, provoqués ou utilisés par les principales puissances impérialistes, dans une vaste zone s’étendant de la péninsule arabique au Pakistan, de l’Ukraine au Yémen, de la Syrie à la Somalie et la Libye, en passant par la Palestine, l’Irak et l’Afghanistan, avec des ramifications en Afrique subsaharienne montre bien que le risque de guerre n’est pas une vue de l’esprit. L’impérialisme français est à la pointe en la matière tant par son engagement dans les conflits que par la place qu’y joue l’industrie d’armement (et le commerce qui l’accompagne). Mais si les coffres des monopoles et de l’oligarchie financière se remplissent, pour autant ce type d’activité ne débouche pas sur la création de richesses sociales mais sur la destruction de celles-ci. Pour les bourgeoisies monopolistes, la guerre c’est aussi écarter le risque de la révolution en suscitant le chauvinisme, la collaboration de classe, la division du prolétariat (entre nationalité). La guerre localisée où les différents impérialismes s’affrontent indirectement, y compris quand ils sont « dans le même camp », l’histoire l’a montrée, risque de déboucher sur un conflit général qui pourrait être fatal à l’humanité. Le capitalisme débouche tendanciellement sur la barbarie.

Mais le caractère dépassé de ce système ne se limite pas à cela. Les lois même de développement du capitalisme le rongent comme un cancer. Les contradictions se multiplient. Ainsi le progrès se heurte à la loi du profit. Par exemple, d’un coté on invente l’informatique, on met internet en place, mais de l’autre, on multiplie les obstacles à l’utilisation culturelle de ses outils, en s’opposant à la gratuité de l’accès aux biens, et l’on en réduit l’utilisation au commerce, tandis qu’on en profite pour tenter d’étouffer l’esprit critique, et économiser sur l’Education. Dans la production l’automatisation est freinée, voir gelée, car le travail non qualifié permet une meilleure rentabilisation du capital.

Le taux moyen de profit espéré par les capitalistes s’affaiblit par une accumulation gigantesque de capitaux constants, et du coup les capitalistes tentent de se rattraper par la course à l’augmentation de la masse des profits pour répondre aux besoins de l’accumulation. Mais cela contribue à faire baisser le taux de profit, augmentant l’importance de capitaux qui ne trouvent pas à se placer et se ruent sur la spéculation, l’usure (prêts aux Etats par exemple, mais aussi crise des subprimes), les trafics en tout genre, provoquant un encombrement plus grand encore. Dans le même temps on comprime les salaires, les revenus de la petite bourgeoisie diminuent, et la consommation recule. Si cela augmente les profits des monopoles, en même temps, cela rétrécit le marché et les marchandises (dont la vente permet au capital de se réaliser) ne trouvant plus preneur, s’accumulent. C’est ainsi qu’alors que des centaines de millions de personnes sur cette planète n’ont pas le minimum pour survivre, que l’on procède à la destruction des richesses que le travail a créées. De la même manière que les laboratoires pharmaceutiques cessent la production de médicaments indispensables parce que, dans les pays où l’on en a besoin, on ne peut les payer au prix qu’en veulent les monopoles ! Les progrès des forces productives se traduisent par l’expulsion de centaines de millions de travailleurs de la sphère de la production sociale (et qui ne peuvent y retourner), quand l’augmentation du temps de travail est partout à l’ordre du jour ! C’est la course aux profits, et non le progrès technique, « l’inconscience des gens », qui entraîne le monde vers une catastrophe écologique par la dilapidation des richesses naturelles, la gabegie permanente, l’incapacité à maîtriser la nature.

Craignant que les peuples résistent, la bourgeoisie monopoliste, liquide la démocratie bourgeoise pour mettre en place des régimes technocratiques lui permettant de gouverner sans entrave : partout le parlementarisme est remis en cause, les libertés démocratiques formelles des régimes bourgeois précédents sont remises en cause, ce que montrent aussi bien la loi Macron que la réforme territoriale, que les lois qui dictent le choix de leurs candidats aux partis politiques (la fameuse parité par exemple), ou la négation des élections quand le résultat n’est pas celui attendu (les référendums ). L’Union Européenne est l’instrument de cette tendance à la réaction politique, permettant à la bourgeoisie des pays qui la composent, à leurs gouvernements, d’imposer les choix de l’oligarchie financière en passant par-dessus les peuples et de démolir les édifices juridiques que le mouvement ouvrier a construit par ses luttes. Cela s’accompagne par la montée en puissance des idéologies les plus réactionnaires, l’irrationalisme, l’obscurantisme religieux, la peur du progrès, le repliement sur soi et l’individualisme, le racisme, les obsessions sécuritaires… Le capitalisme aujourd’hui c’est « no futur » pour tous ceux qui n’ont que leur travail pour vivre ! 


samedi 28 mai 2016

Trump, Marine Le Pen et la comédie du "système"

Article publié dans le numéro 681 de la revue nationaliste française Militant qui met en garde contre les fausses alternatives au système mondialiste. Le site de la revue se trouve à l'adresse suivante:

http://www.revue-militant.fr/revue


Trump, Marine Le Pen et la comédie du « système »
Sous une apparente stabilité que rien ne semble pouvoir ébranler, le monde occidental, qui n’est en réalité que l’Empire conjoint de la finance londonienne et newyorkaise et du judaïsme politique établi sur la majeure partie du Monde blanc, est traversé de failles, causées de par ses turpitudes nihilistes congénitales, et qui ne cessent de s’élargir : subversion morale et spirituelle, culture de mort et dénatalité, invasions migratoires, désindustrialisation, appauvrissement des classes moyennes et ouvrières, autrement dit, de la substance même des peuples Blancs.
Par ses effets nocifs, cet empire de l’Anti civilisation ne peut que susciter des manifestations de rejet qui contribuent objectivement à en affaiblir les fondements mêmes. Insensiblement, mais sûrement, les peuples se détachent des régimes politiques démocratiques en place depuis le XVIIIe siècle comme aux Etats-Unis et en France, et surtout depuis 1945 en Europe. Censés être l’expression de la volonté des peuples, les régimes démocratiques ne sont en fait que des régimes oligarchiques suscitant le développement d’une super classe mondiale apatride – avec ses maîtres et ses idiots utiles – aux intérêts opposés à ceux des peuples qu’ils dirigent.
Le bourrage de crâne quotidien et permanent, pourtant savamment pensé et organisé, perd de son efficacité et la défiance, active ou passive, des populations envers le monde politico-médiatique ne cesse de croître. Certes, la désinformation continue de régner mais l’Internet ouvre de nouvelles sources d’information dont le succès d’audience inquiète tellement les tenants de l’ordre en place que ceux-ci recherchent des parades.
Parmi les symptômes majeurs de ce phénomène de rejet de l’oligarchie démocratique, figurent les phénomènes électoraux, les élections constituant à la fois la spécificité et la soupape de sûreté du « système » (démocratique). Ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis, lors des « primaires » visant à désigner les candidats à l’élection présidentielle de novembre 2016, est fort instructif : à la fois par l’émergence de candidats réputés « hors système » qui dérangent les mécanismes bien huilés du cirque électoral et par la manière dont le système mène la parade.
Contrairement à ce qui était prévu, les prétendants sélectionnés par les cercles dirigeants états-uniens sont dans une mauvaise situation : chez les démocrates, Hillary Clinton est malmenée par Bernie Sanders, dont le discours égalitariste et gauchisant séduit les masses d’Américains, Petits Blancs mais surtout allogènes naturalisés, laissés pour compte par un ordre économique à dominante ultra libéral. Chez les Républicains, un candidat inattendu, Donald Trump, a déjà éliminé nombre de concurrents agréés par le système et est en passe de s’imposer.
Dès lors, il est devenu l’homme à abattre. Un propos révélateur est celui de Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des représentants, qui a déclaré le 3 mars 2016 sur Fox News : « Trump est incontrôlable car il n’est pas passé par les rites initiatiques, il n’appartient pas à la société secrète ». Quelle meilleure preuve pour être convaincu de ce que les ficelles du monde dans lequel nous vivons actuellement sont tirées pour une grande part par des cercles restreints qui se sont emparés des leviers de commande du Monde Blanc depuis un siècle !
De plus, Trump finance sa campagne électorale sur ses fonds personnels et ne dépend de personne ! Aussi, ne faut-il pas s’étonner que le moindre de ses propos à l’emporte-pièce – ce qui ne le singularise pas nécessairement des autres candidats –  soit moqué, ridiculisé et que les media l’ensevelissent sous des tombereaux de calomnies. Or son langage direct, loin des poncifs du politiquement correct, parlant d’une « Amérique américaine », ne peut qu’attirer les classes populaires blanches qui, comme celles des peuples d’Europe, sont menacées dans leur existence. Le remue-ménage est tel que les chefs du Parti républicain sont prêts à soutenir le candidat démocrate !   
Pourtant, si Trump dérange certains cercles dirigeants états-uniens, il ne menace pas le système mondialiste. Primo, s’il parvenait à entrer à la Maison Blanche, il devrait s’entourer de collaborateurs et, très vite, le « système » placerait ses hommes liges. Depuis 1912, sauf durant les deux premières années de la présidence Reagan, dans le contexte particulier d’une Amérique humiliée, le gouvernement des Etats-Unis relève des mêmes cercles dirigeants. En outre, s’il voulait jouer sa propre partition, quelque avanie pourrait le guetter : Reagan a ainsi failli passer de vie à trépas 69 jours après son investiture au cours d’un attentat dont il ne s’était jamais vraiment remis.
Secondo, Trump, pas plus que le démocrate israélite Bernie Sanders (et pour cause), ne menace « le » pilier principal de l’actuel ordre mondialiste : les intérêts du sionisme. N’a-t-il pas déclaré, entre autres, le 21 mars 2016, devant l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le puissant groupe de pression sioniste, qu’il était « un soutien de longue date et ami réel d’Israël », que « Les Palestiniens doivent venir à la table de négociation en sachant que le lien unissant les Etats-Unis et Israël est absolument incassable…», tirant à boulets rouges sur l’Iran accusé d’être « le plus grand sponsor du terrorisme mondial ».
Il est clair qu’aucune novation cardinale n’est à attendre de tels candidats qui, sciemment ou  non, dans le système, font office d’exutoire et de voie de garage des mécontentements divers. Cette situation est semblable à celle que nous connaissons en France avec le Front National, placé médiatiquement dans le rôle de parti ennemi du régime en place mais participant à son maintien tandis que Marine Le Pen multiplie les déclarations d’allégeance au sionisme. Sachons-le : cette opposition bénéficie d’une certaine liberté d’audience car elle ne menace pas le système ; et si d’aventure, elle progresse trop, des « affaires » les menacent opportunément.
Quant aux nationalistes, parce qu’ils en sont les véritables ennemis, ils sont privés des media de masse, et surtout diabolisés par une identification au « mal absolu » désigné et martelé comme tel, à savoir les « nazis », dans l’espoir d’en détourner les gens, préalablement conditionnés et « horrifiés ». Et s’ils brisent l’encerclement, tels le Jobbik hongrois et l’Aube Dorée grecque, ils le doivent à des situations locales particulières. En outre, si d’aventure, ils pouvaient remporter les élections, celles-ci seraient annulées et leurs dirigeants embastillés.
Ne soyons pas dupes. L’ordre démocratique est verrouillé. Il n’est pas réformable. Cependant, nous savons que, reposant sur de fausses bases, il est naturellement fragile. Si sa marche vers sa ruine relève de sa dynamique propre et de ses contradictions internes, et donc ne dépend pas de nous, le recrutement et la formation de la nouvelle et véritable élite française et européenne inaccessible au découragement dépend entièrement de nous. Qualité passe nombre. Et de ce travail, dépendra l’exploitation de cette ruine pour rétablir notre civilisation dans sa puissance et en fidélité à son passé millénaire, transformant les deux siècles écoulés en une malheureuse parenthèse.